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V2 - 9.11.2007
Comité des échecs des Hauts-de-Seine

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Histoire des échecs

  

Le mythe du brahmane Sissa

La légende la plus célèbre sur l’origine du jeu d’échecs (1) conte l’histoire du roi Belkib qui cherchait à tout prix à tromper son ennui. Il promit donc une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait. Lorsque le sage Sissa lui présente le jeu d’échecs, le souverain est enthousiaste et demande à Sissa ce que celui-ci souhaite en échange de ce cadeau extraordinaire. Humblement, Sissa demande que le prince dépose un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l’échiquier en doublant à chaque case. Le prince accorde immédiatement cette récompense en apparence modeste mais son conseiller lui explique qu’il vient de signer la mort du royaume car les récoltes de l’année ne suffiront à s’acquitter du prix du jeu. En effet, sur l’échiquier, il faudrait déposer (264-1) graines, soit plus de dix-huit milliards de milliards de grain ! Des variantes existent, l’une suggérant que le roi accepte à condition que le sage compte les graines lui-même, une autre affirmant que Sissa eut la tête tranchée pour une telle effronterie. Certaines versions disent que Sissa ne demanda rien en échange mais que le roi insista, Sissa aurait alors décidé de se venger du roi en lui demandant une récompense qu’il ne pourrait donner.

(1) rapportée par le Dr Forbes in The History of Chess, Londres (1860).

L’origine grecque

Une autre légende place l’invention du jeu durant la Guerre de Troie. Palamède, l’un des héros grec, aurait inventé le jeu pour remonter le moral des troupes durant le siège de la cité en 1240 av. J-C. C’est cette origine qui amènera les créateurs de la première revue échiquéenne à la nommer Le Palamède. D’autres personnages du monde grec se sont vu attribuer l’invention des échecs. On peut notamment citer Pyrrhus.

Les recherches historiques

L’origine du jeu d’échecs reste un sujet controversé. On admet généralement que son ancêtre connu le plus ancien est un jeu indien, le chaturanga. Les pièces représentent alors les différentes parties d’une armée : les éléphants, les cavaliers, les chars, les fantassins. Ses traces les plus anciennes se repèrent entre les Vè et VIIè siècles. Au-delà de cette époque, certains supposent que le jeu a évolué à partir de jeux de parcours indiens, d’autres lui prêtent un ancêtre extérieur en Chine ou en Asie Centrale.

Un jeu très similaire est également connu dans la civilisation chinoise, le Xianggi dont les plus anciennes traces remonteraient à 569 (il y a une controverse à ce sujet), son existence est attestée en 800. Pour plus d’information, le groupe Königstein regroupe différentes hypothèses sur les origines du jeu d’échecs.

Diffusion

Le jeu se propage jusqu’en Perse aux alentours de l’an 600 où il devient le chatrang. Lorsque les Arabes envahissent la Perse, ils l’adoptent sous le nom de chatranj. Les échecs connaissent alors un développement remarquable. C’est au cours des IXè et XI siècles qu’apparaissent les premiers champions et les premiers traités. Les pièces sont stylisées en raison de l’interdiction de représenter des êtres animés. On retrouve alors :

le roi (Châh, c’est lui qui donne son nom au jeu) se déplace d’un pas.

le conseiller (Firzan ou Vizir), dont le mouvement est limité à une seule case en diagonale.

l’éléphant (Al-fil), avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale.

le cheval (Faras), identique au cavalier moderne.

le char (Roukh), semblable à la tour actuelle.

le soldat (Baidaq), l’équivalent du pion, mais dépourvu du double pas initial.

Une théorie séduisante donne l’origine du mode de déplacement des pièces par les differents trajets élémentaires possibles depuis le centre d’un espace de cinq cases sur cinq cases. Elle donne une bonne explication au déplacement curieux du cavalier, le seul à être resté « sauteur » et à courte portée. Elle laisse au roi (Châh) un déplacement plus limité (4 cases) mais qui correspond au déplacement de son homologue chinois (le « général »). Elle donne aussi à penser que le char (Roukh) devait être primitivement une pièce « courte » comme les autres et se déplaçait par saut de deux cases selon colonne ou rangée.

Arrivée en Europe et évolution

L’arrivée des échecs en Europe se fait sans doute par l'Espagne musulmane et l'Italie. Le jeu pénètre également par les pays slaves en Europe du Nord. On dit aussi que Charlemagne aurait reçu un jeu en cadeau de la part du calife Haroun al Rachid. L’échiquier et les pièces s’occidentalisent : le plateau devient bicolore avec les cases blanches et noires, le vizir devient fierge, puis reine et/ou dame (il est difficile de déterminer lequel des deux termes prévalait - sans doutes étaient-ils utilisés indiféremment) ; l’éléphant (al fil en arabe) devient aufin, puis fou (bishop, évêque en anglais) ; le char devient roc (ce nom donnera rook en anglais, et désignera la tour d’échecs en héraldique puis tour vers la fin du XVIIè siècle.

Mais l’évolution la plus importante a lieu à la fin du Moyen Age lorsque les mouvements limités de la reine/dame et du fou sont remplacés par ceux que nous connaissons actuellement, et que le pion s’est vu accorder le droit d’effectuer un double pas initial. Le jeu devient tellement rapide qu’on juge préférable d’annoncer « Échec au roi » et « Gardez la reine ».

Les joueurs de cette époque nomment ces nouvelles règles : « eschés de la dame » ou « jeu de la dame enragée ».

Pour parer à ses effets dévastateurs, le roque est inventé. Vers 1650, on peut considérer que les règles du jeu moderne sont à peu près établies. Si les premiers livres traitant des échecs remontent à l’époque arabe, la stabilisation des règles en Europe donne naissance à une littérature théorique très riche et on observe notamment l’élaboration des premiers systèmes d’ouverture.

Les échecs modernes

L’aspect des pièces le plus courant aujourd’hui, le style Staunton, date de 1850. C’est également durant la seconde moitié du XIXè siècle qu’émergent les échecs modernes. Les premières compétitions internationales ont lieu, les progrès théoriques de l’art de la défense mettent un terme à l’ère romantique.

Au XXè siècle, l'URSS en assure une promotion très active, le considérant comme un excellent outil de formation intellectuelle. C’est, en outre, une vitrine de la formation intellectuelle soviétique qui leur permet de dominer largement une discipline prestigieuse.

Durant la guerre froide l’apparition de Bobby Fischer, le premier occidental à défier les Soviétiques au plus haut niveau, donne aux championnats du monde une véritable dimension politique. Plus tard, les tensions entre conservateurs russes et partisans de la perestroïka se cristalliseront autour de l’affrontement entre Anatoly Karpov et Garry Kasparov.


À la fin du XXè siècle, la confusion concernant le titre de champion du monde amène l’attention médiatique à se concentrer sur l’opposition entre l’homme et la machine comme en témoigne le retentissement médiatique des matchs entre Kasparov et Deep Blue. Les femmes font également leur apparition dans un domaine longtemps considéré quasi-exclusivement masculin. Ainsi, depuis avril 2003, Judit Polgar, figure régulièrement parmi les dix meilleurs joueurs mondiaux au palmarès de la Fédération internationale des échecs.